Copé lance le débat sur la manière "de gouverner" (TF1 news, 12 juillet)Lors de la deuxième réunion annuelle de son club politique en Provence, le patron du groupe UMP a ajusté dimanche ses habits de présidentiable. "C'est Sarkozy en calme", affirme un militant UMP. « Il va falloir réfléchir au mode de gouverner la France ». La phrase de Jean-François Copé tombe calmement sous le chapiteau de Maussanne (Bouches-du-Rhône), mais avec l'autorité de celui qui sait où il veut aller. Sans gêne, le patron du groupe UMP a franchi dimanche une nouvelle étape dans sa longue marche vers le pouvoir, son « parcours initiatique » qu'il rappelle sans cesse comme un slogan.
Et cette manière distanciée d'aborder devant les 1500 personnes présentes le thème de la gouvernance contraste cruellement avec une hyperprésidence sarkozyste à bout de souffle. « Il ne faut plus tout décider d'en haut mais revoir le processus de fabrication de la décision en France », explique le député-maire de Meaux pour qui « la gouvernance doit devenir une sorte de management participatif donnant plus de pouvoirs aux élus locaux et aux citoyens ». Que peut faire Nicolas Sarkozy pour mieux gouverner, lui demande-t-on ? "Chacun son caractère, on ne change pas", lâche-t-il taquin à TF1 news. Très frappé par le modèle de cogestion allemande, il prône une manière nouvelle de préparer les esprits au changement, aussi bien dans l'entreprise que dans la commune, sans oublier bien sûr le sommet de l'Etat. Ne plus gouverner par mini-décisions urgentes « pour que cela passe au journal de 20 heures ». En s'intéressant au processus de fabrication de la décision, Jean-François Copé s'éloigne de l'obsession sarkozyste de fabrication de l'agenda médiatique. « Ils partagent la même ambition mais Copé agit avant de parler », témoigne Philippe, militant UMP de 41 ans. Ce style Copé, l'électorat de droite semble progressivement l'adopter même si sa popularité chez les Français reste à construire. Et le succès de ces deuxièmes rencontres de Maussanne vient le confirmer : deux fois plus de monde que l'an dernier et une soixantaine de parlementaires présents qui trouvent dans son club Génération France « une ambiance plus sympa qu'au parti », se vante le patron du groupe UMP. Ce que ne démentent pas vraiment les députés qui décrivent un endroit « où l'on travaille sans éléments de langage et dans une ambiance libre», selon l'expression d'un élu parisien. « Les Français ont besoin d'être rassurés » Car qu'on se le dise, et surtout qu'on le fasse dire partout, chez les amis de Copé, on se veut ''100% loyal vis a vis de Sarkozy, mais 100% libre". Et au terme d'une année très difficile pour le locataire de l'Elysée, cette liberté de ton s'est exercée sans fard ce week-end contre lui. La réunion de travail à huis clos organisée par Jean-François Copé samedi fut "très rude" pour le chef de l'Etat, selon plusieurs parlementaires. Le style de Nicolas Sarkozy, son omniprésidence, ses maladresses et ses faiblesses furent évoquées sans tabou. Et ce n'est pas l'analyse du sondeur Brice Teinturier sur l'état de l'opinion française qui est venue rassurer les députés. Sans tomber dans le jeu de la polémique et des divisions qui ont coûté trop cher à leur camp dans le passé, certains n'ont donc pas manqué de s'adresser au président dimanche, via la presse. Pour le député Claude Goasguen, "le style Bonaparte, premier consul sur le pont d'Arcole, ça collait parfaitement dans la période où Nicolas Sarkozy a été élu (...) Aujourd'hui, on voit que les Français ont besoin d'être rassurés et n'ont pas besoin en réalité que pendant une heure le président lance des attaques". La crainte d'une interview passionnelle lundi soir était dans les têtes. " Il faut mieux remettre les choses en perspective et tracer les grandes lignes pour les années à venir", affirmaient à l'unisson les députés interrogés. Quant au remaniement de la rentrée, il n'intéressait pas grand monde sous les muriers de Maussanne. Tout juste l'ancien ministre Yves Jego confiait-il que si François Fillon était maintenu à son poste, ce ne serait qu' "un replâtrage". Les virés ont de la mémoire. Comme s'ils s'étaient donnés le mot, les députés voulaient oublier le temps d'un week-end « le climat épouvantable » de Paris pour mieux savourer la montée en puissance de leur « ami Jean-François ». « Quel autre homme politique hormis le président peut rassembler autant de monde un 11 juillet ? », s'époumonait le maire de Marseille Jean-Claude Gaudin venu en voisin. Xavier Bertrand et les autres apprécieront... La rupture tranquille « Quand je l'écoute aujourd'hui, confiait Bruno, jeune adhérent UMP, j'ai l'impression de voir le président en 2004. C'est Sarkozy en calme. Il prépare l'après, voire le recours si... ». Et ce militant de faire référence au discours du jour qui prône un changement avec les politiques des 30 dernières années, notamment en matière de finances publiques. Se voulant "la voix du terrain" contre certaines décisions de Paris, Jean-François Copé appelle à "voir la politique autrement, à "poser toutes les questions même les plus dérangeantes" et à « gagner la bataille des idées", une sémantique de rupture déjà vue mais efficace à l'applaudimètre. Dimanche soir, le patron des députés de droite a regagné Paris de bonne humeur. Il était rassuré de constater qu'à la base, on ne lui avait pas trop parlé de l'affaire Woerth « qui arrive, selon lui, en dixième position dans les préoccupations des Français » mais plutôt des problèmes de la France qu'il aimerait tant gouverner un jour. Ce lundi, il regardera l'interview de Nicolas Sarkozy à qui il avait demandé de parler depuis une semaine. « C'était absolument indispensable de remettre les choses en perspective, confie-t-il. Et ce serait une grave erreur que de consacrer toute l'émission aux affaires ». Sans nul doute le président de la République appréciera, et suivra, ce nouveau conseil de « gouvernance télévisuelle ». |