| Lettre ouverte |
| Vendredi, 14 Novembre 2008 14:28 | |
"L'ouverture des commerces le dimanche, une fausse bonne idée !"Vous trouverez ci-après le courrier que vient d'adresser le Député Bernard Reynès au Président de la République et au gouvernement : Monsieur Nicolas SARKOZY, Président de la République, a demandé aux parlementaires de se saisir « maintenant » et « sans tabou » de la proposition de loi préparée par Richard MALLIE, Député des Bouches-du-Rhône sur l’assouplissement des règles du travail dominical. Libéraliser et généraliser le travail du dimanche suscitent des réactions très partagées, tant au sein des parlementaires, que de la population, témoignant ainsi des enjeux fondamentaux que cette proposition soulève. Elle renvoit, en effet, à notre propre représentation des notions d’activité et de repos, elle met en cause notre référentiel commun du « vivre ensemble », et bouleverse nos repères temporels et culturels. Je suis pour ma part intimement convaincu que le dimanche est porteur de valeurs collectives et qu’il doit être préservé ! Si des sondages s’attachent à démontrer que 67% des français « seraient prêts à travailler le dimanche », il paraît nécessaire de préciser que 60% des sondés pensent que le dimanche reste un moment important pour la vie familiale et sociale, et que moins de 20% y voient un levier économique. Etre opposé au travail dominical, c’est être avant tout porteur d’une vision humaine, juste et équilibrée de la vie économique, du lien social et de ce que doit être notre « Grand Intégrateur », ce qui nous fait vivre ensemble. D’abord, des arguments économiques ! Dans un contexte de tensions économiques, qui pèsent sur le pouvoir d’achat de nos concitoyens, il est évidemment tentant d’inscrire dans le travail dominical un objectif de relance de la croissance, par une relance de l’activité commerciale. Mais au nom de quel miracle économique l’ouverture des commerces le dimanche offrirait aux français un pouvoir d’achat supérieur qui leur permettrait de consommer la semaine et ce jour supplémentaire ? Le pouvoir d’achat n’est pas extensible, et il faut bien être conscient que ce que dépenseront les français le dimanche, ne le sera plus la semaine. Au détriment bien sûr, du commerce de proximité et des centres villes. Ce dernier serait évidemment le grand perdant de cette libéralisation du travail dominical, dans la mesure où il n’est pas en situation de concurrence égale avec les grands centres commerciaux, qui eux, ont les moyens humains et logistiques pour assurer cette activité supplémentaire. En tant que Président du Groupe d’Etudes sur le commerce non sédentaire, les marchés et le commerce de proximité à l’Assemblée Nationale d’une part, et que Maire d’une commune de 15 000 habitants, au cœur d’une circonscription rurale, je ne peux admettre que cette proposition de loi anéantisse les efforts accomplis par les élus locaux, qui se battent au quotidien pour préserver leur cœur de ville, leur identité et leurs commerces, principaux vecteurs de lien social et d’animations ! En tant que Député, je me dois aussi d’avoir une vision généraliste de l’esprit de la loi ; il faut bien comprendre que les réalités locales et géographiques très variées et parfois profondément différentes de notre territoire ne nous autorisent pas à appréhender ces propositions de la même manière en Ile-de-France, à Plan de Campagne et dans le reste de la France.
Dans un contexte de délitement du lien social, de « démission » de la parentalité, de développement de l’individualisme et de l’isolement, c’est notre référentiel commun global qui est menacé, non sans avoir un coût pour la société (impacts sur l’éducation nationale, sur la sécurité, sur la solidarité….). Généraliser le travail dominical, c’est aggraver cette situation déjà fort préoccupante. Le dimanche est un marqueur fondamental de notre vie familiale. ; ce temps partagé ensemble est précieux pour maintenir et faire vivre le lien familial, pour préserver la vie de couple, et surtout assurer aux enfants une présence éducative et parentale indispensable à la construction de nos citoyens de demain. Ces valeurs n’ont pas de prix, et ne peuvent être placées en balance avec un hypothétique enrichissement économique. La vitalité de la vie associative pourrait également être mise à mal par le développement des activités commerciales le dimanche. Nous connaissons tous aujourd’hui les difficultés rencontrées pour mobiliser des bénévoles, susciter l’engagement dans la vie publique ; qu’en sera-t-il lorsque le seul moment encore réservé aux loisirs et au monde associatif sera consacré à une activité commerciale et lucrative, dépourvue de sens du partage et de relations humaines ? C’est ainsi et logiquement que tout le secteur des loisirs, de la vie culturelle et des activités de plein air sera touché, par une désaffection du public au profit des centres commerciaux qui n’apportent aucune valeur ajoutée au lien social. De manière plus surprenante encore, et à l’heure où le concept de développement durable habite tous les esprits au point d’être devenu un critère dans toutes nos interventions et actions publiques, et anime les débats parlementaires dans le cadre du Grenelle de l’Environnement, la libéralisation du travail dominical s’inscrit en totale contradiction avec cette tendance affirmée.
L’ensemble de ces arguments représente le socle d’une vision de notre société pour laquelle j’entends me mobiliser ; il en va de notre avenir, celui de ce que les sociologues appellent « faire société ensemble », et qui ne peut reposer en aucun cas uniquement sur des critères de développement économiques, dont les secousses actuelles du système rappellent leur caractère profondément aléatoire.
Il s’agit bien là des premiers pas vers la généralisation inéluctable du travail dominical. Pour toutes les raisons invoquées précédemment, je pense que cela ne serait vraiment pas raisonnable.
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